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Les empereurs d'Autriche se trouvent expulsés de leurs zones d'influence traditionnelles, l'Italie (1860), puis l'Allemagne (1866) : ils sont rejetés vers l'est. Leur nouveau projet politique consiste à associer au pouvoir l'aristocratie magyare afin de conforter leur assise en Europe centrale. Simultanément, ce projet donne satisfaction à la noblesse hongroise en pérennisant les liens féodaux qui se maintiennent dans ce pays. En 1867, François-Joseph Ier, empereur d'Autriche, est couronné roi de Hongrie. Autocrate conservateur mais non dénué de pragmatisme, il maintient la cohésion de l'État plurinational sur les piliers que sont la monarchie (et sa bureaucratie), l'Église catholique, l'armée et l'aristocratie. La « Double Monarchie » est une expression que l'Autriche-Hongrie possède en propre. L'aigle à deux têtes est un symbole bien antérieur à la constitution de cette double monarchie, mais lui convient parfaitement. On emploie aussi l'expression « monarchie danubienne ». Les deux parties de l'Empire sont séparées par un affluent du Danube, la Leitha, la partie autrichienne étant la Cisleithanie (« en deçà de la Leitha »), et la partie hongroise la Transleithanie (« au-delà de la Leitha »). La Première Guerre mondiale, déclenchée par un ultimatum de L'Autriche-Hongrie à la Serbie, sonne le glas de cet empire qui ne survit pas à sa défaite. Les décisions majoritaires des assemblées représentatives des peuples, constituées lors de la défaite et suite à la proclamation en Europe du « droit des peuples à disposer d'eux-mêmes », le remplacent par sept États-nations. Les uns sont nouvellement indépendants : la Pologne et la Tchécoslovaquie, cette dernière créée de toutes pièces sans référence historique. Les autres sont simplement agrandis aux dépens de l'empire : Italie, Roumanie et Royaume des Serbes, Croates et Slovènes. L'Autriche elle-même devient une république, tandis que la Hongrie reste officiellement un royaume, mais à la tête duquel est instaurée une régence.
La formation d'un état multinationalArticle détaillé : Chronologie de l'empire austro-hongrois.
La genèse d'une monarchie: les Habsbourg en Europe CentraleLa dénomination officielle d’Autriche-Hongrie apparaît en 1867 mais désigne un État qui était déjà constitué dès la première partie du XVIIIe siècle. C’est la dernière forme politique qu’ont prise les possessions de la dynastie impériale des Habsbourg-Lorraine. Cet État regroupe en fait deux entités. D’une part le royaume de Hongrie, constitué en 1000, et restauré en 1699 lors de la reconquête de la Hongrie sur l’Empire ottoman. D’autre part, un ensemble austro-bohême datant de 1526 a été consolidé lors des guerres de Trente Ans (1618-1648) et de succession d’Autriche (1740-1748) et a servi de base à la création de l’Empire d’Autriche en 1804. Article détaillé : évolution territoriale des possessions des Habsbourg.
Le royaume de HongrieL'Empire d'AutricheLe compromis de 1867Après la défaite de Sadowa en 1866 face à la Prusse, les options fédérales à six (Autriche, Bohême, Galicie, Hongrie, Croatie et Transylvanie) ou à trois (Autriche, Hongrie, Croatie) sont abandonnées et, en 1867, l'Empire d'Autriche devient une « double monarchie » (impériale et royale) rassemblant l'Empire d'Autriche et le Royaume de Hongrie. Ce compromis fait accepter François-Joseph par les Hongrois, et il est solennellement couronné roi de Hongrie à Budapest. En apparence, les Habsbourg-Lorraine ont donc resserré les rangs, mais en fait, si l'accord austro-hongrois, en donnant naissance à la double monarchie d’Autriche-Hongrie, rééquilibre le rôle de la Hongrie (Transleithanie) à côté de l’Empire d'Autriche (Cisleithanie), il marginalise et dresse contre la dynastie les autres peuples de l'Empire (notamment Slaves et Roumains). La Croatie et la Transylvanie font partie de la Hongrie historique, qui y pratique une politique centralisatrice et réprime les autonomistes. La Dalmatie, façade méditerranéenne de l'empire, la Bohême, la Galicie et la Bucovine demeurent autrichiennes : Vienne pratique là une faible politique de germanisation, mais qui est également ressentie comme étouffante par des populations locales (les Tchèques). L'Autriche-Hongrie devient alors pour certains sujets une « prison des peuples ». Les empereurs d’Autriche et rois de Hongrie ont été :
La double monarchie en 1910L’Empire d'Autriche-Hongrie est le deuxième État d'Europe en superficie. Il est formé d'un empire d'Autriche (réduit à la Cisleithanie), du royaume de Hongrie et de la Bosnie-Herzégovine qui n'est rattachée ni à l'un ni à l'autre, mais placée sous administration commune en 1878 par le traité de Berlin et annexée en 1908)[1]. L’empire comprenait en 1910 les régions suivantes (présentées ici avec leur date de rattachement à l'empire et leurs situations actuelles approximatives) :
L'organisation politiqueL'Empire d'Autriche (Cisleithanie)L'Empire d'Autriche proprement dit a une superficie de 300 193 km² pour une population de 28 567 898 habitants (recensement de 1910), est constitué de 17 provinces :
Le Royaume de Hongrie (Transleithanie)Le Royaume de Hongrie a une superficie de 324 857 km² et une population de 20 840 678 habitants. Il est constitué :
La Bosnie-HerzégovineLa Bosnie-Herzégovine a une superficie de 51 199 km² et une population de 1 898 044 habitants. Elle est constituée de deux provinces :
Comment décider à quelle entité cette province appartiendrait ? A l'Autriche ? L'empereur d'Autriche - roi de Hongrie, sous l'influence de son ministre Alois Lexa von Aehrenthal, avait certes procédé à l'annexion de cette province en 1908. Mais la Bosnie-Herzégovine n'avait d'autre continuité géographique avec l'Autriche (Cisleithanie) que via la Dalmatie cisleithane. À la partie hongroise, comme le laisserait supposer la proximité de ce pays avec le territoire annexé en 1908 ? Mais le problème était que la Hongrie s'est opposée à l'annexion de 1908. De ce fait, la Bosnie-Herzégovine se retrouva ainsi être la « Troisième entité de la double monarchie » : annexée, elle ne dépendait d'aucune de ses deux composantes mais était considérée comme Terre d'Empire (à l'instar de l'Alsace-Moselle dans le cadre du IIe Reich allemand), commune aux deux couronnes, qui administraient ensemble ce qui ne relevait pas des pouvoirs locaux bosniaques-herzégovins. Les populationsA la veille de la Première Guerre Mondiale, l'Autriche-Hongrie est le troisième état européen par sa population. Les différentes nationalitésLes nationalités (se définissant à l'époque lors des recensements par la déclaration d’usage de la langue) sont, en 1910, réparties ainsi :
Carte de la répartition des diverses nationalités en Autriche-Hongrie
(Le Miroir, mai 1914)
Les Latins (Italiens au sud-Tyrol, en Istrie et en Dalmatie, Roumains en Transylvanie, en Hongrie orientale et en Bucovine) représentent quelque 7,8%. Par ailleurs, 2 313 569 sujets de l'Empire (4,57%) appartiennent à d'autres cultures ; il s'agit principalement des Juifs (majoritairement de langue yiddish, notamment en Galicie, leur principale zone d'implantation, mais également germanophones à Vienne ou à Prague, et magyarophones dans les pays appartenant à la Hongrie), et des Roms. Si l'Empire habsbourgeois connaît un essor économique lié à la révolution industrielle (Vienne, Budapest et Prague sont alors des capitales économiques très prospères) et une vie intellectuelle animée, il ne peut cependant pas échapper au problème posé par l'hétérogénéité de ses populations, qui emporte l'Empire lors de la défaite de 1918 face aux Alliés. Les languesIl existe alors quatorze langues officielles dans l’Empire, ainsi que de nombreux sous-groupes linguistiques. Cependant, au sein de l’armée, l’allemand reste la langue du commandement mais les officiers doivent pouvoir être polyglottes afin d’être compris de leurs hommes.
Les religions en 1910Place-forte de la contre-réforme, l'Autriche et accessoirement la Hongrie ont laissé peu d'espace au protestantisme qui sut toutefois rester vivace en Bohême-Moravie et en Transylvanie. En conséquence, plus des trois-quarts des Austro-hongrois sont, en 1910, catholiques d'affiliation. Aux confins méridionaux et orientaux, l'islam et l'orthodoxie imprègnent le fait civilisationnel. Phénomène tant religieux qu'ethno-culturel, le judaïsme est représenté sous sa forme ashkénaze dans des shtetler de Galicie et de Marmatie, ainsi que dans les métropoles autrichiennes ou hongroises, et sous sa forme séfarade en Bosnie (particulièrement à Sarajevo où il est souvent ladinophone).
L'évolution de la double monarchie : entre tradition et modernitéUne puissance aux riches potentiels dont la cohésion est problématiqueL'Autriche-Hongrie a globalement développé à la fois son agriculture et son industrie. Cependant, l'évolution de chacune de ses parties est contrastée. La Hongrie reste essentiellement agricole et gouvernée par une aristocratie jalouse de ses privilèges, alors que l'ensemble austro-bohême s'industrialise et se démocratise. Point de convergence des archaïsmes et des passions d'une époque, Vienne est en 1900 l'un des principaux phares de la culture européenne. Le défi majeur de la double monarchie est d'ordre politique. Les diverses nationalités demandent leur place à côté des germanophones et des Hongrois, notamment celles qui ont constitué des états avant d'être intégrées : Tchèques en Autriche et Croates en Hongrie. SociétéLes 52,799 millions d'Austro-hongrois (1914) sont sujets d'une monarchie pluri-ethnique. Initialement, la déclaration d'appartenance à une nationalité n'est pas l'expression d'une revendication politique, ni d'une quelconque souveraineté, mais simplement l'affirmation d'une langue et d'une culture. Jusqu'en 1917, seule une minorité conteste aux Habsbourg-Lorraine leur statut de souverains légitimes des États sur lesquels ils règnent. Ce que les sujets autres que germanophones ou magyars revendiquent, c'est seulement le respect des langues, des cultures et des religions de chaque groupe. La majorité des sujets réclame l'autonomie dans le cadre de l'Empire, et non la sécession. En fait, la « Double monarchie » tolère l'expression des cultures et identités autres qu'allemande ou hongroise, à condition qu'elles ne soient pas les vecteurs du panslavisme ou de l'irrédentisme. Ainsi, les Juifs et les Bosniaques musulmans sont reconnus comme sujets à part entière, bénéficiant de la sympathie de l'Empereur François-Joseph, alors que les Ukrainiens, les Tchèques, les Slovaques, les Slovènes, les Croates, les Serbes, les Roumains et les Italiens sont sous-représentés dans les différentes instances et étroitement surveillés par la police impériale. Le dualisme austro-hongrois, issu du Compromis de 1867, a singulièrement tendu la situation en donnant aux Hongrois le pouvoir de bloquer toute modification constitutionnelle et toute évolution politique de l'Empire. Sollicité pour créer un trialisme en donnant aux Tchèques une part égale, François-Joseph recule à plusieurs reprises, car il se sent lié par le serment prêté lors du sacre de Buda. Or ce serment implique l'unité de toutes les terres de la Couronne de Saint Étienne, c'est-à-dire la suppression des Diètes de Croatie et de Transylvanie. De plus, le système électoral hongrois laisse des peuples aussi importants au sein de la Monarchie que les Croates, hors de la représentation parlementaire hongroise. François-Joseph reconnaît qu'il est souhaitable de créer une troisième force, slave, et rendre au grand-duché de Transylvanie sa Diète. Mais les aristocrates hongrois s'y refusent, car ils craignent de voir voter des réformes (notamment foncières et linguistiques) qui soustrairaient à leur pouvoir absolu des parties du territoire comme la Slovaquie, la Croatie, la Transylvanie ou la Ruthénie subcarpatique, toutes régions aujourd'hui perdues pour la Hongrie. Dans la partie autrichienne, la peur de voir les Slaves accroître leur influence dans la société au dépens de la culture germanophone est aussi un frein à l'acceptation de la transformation du dualisme en trialisme. Les situations économiques et sociales sont très différentes entre l'Autriche et la Hongrie. Dans les deux parties de la Monarchie, la noblesse conserve une influence réelle, en raison de l'immensité des terres possédées par elle et de sa présence dans la haute administration et au gouvernement (« En Autriche, l'homme commence au baron », disait le prince de Metternich, chancelier impérial de 1810 à 1848). Mais l'Autriche, avec une bourgeoisie active et un taux de croissance de 1,45% avant 1914 – équivalent à celui de l'Allemagne – se rapproche des États de l'Europe occidentale, la grande noblesse n'ayant pas hésité à investir dans les entreprises industrielles. Le suffrage y est universel direct depuis 1907 et toutes les nationalités sont proportionnellement représentées au Parlement de Vienne. Un système d'assurances sociales a été créé au profit des travailleurs. Et François-Joseph n'hésite pas à anoblir la grande bourgeoisie, y compris juive, en reconnaissance de ses mérites. D'ailleurs les Juifs austro-hongrois découvriront après 1918 que les « États successeurs » de l'Empire sont (surtout à partir des années 1930) généralement moins tolérants à leur égard que les Habsbourg-Lorraine. La Hongrie, par contre, reste très féodale dans sa structure (un héritage de l'écrasement de la révolution de 1848), et un tiers des terres appartient à moins de 9000 familles. La situation des minorités non plus n'est pas la même en Autriche et en Hongrie. Les Slaves, notamment, participent davantage à la vie politique de l'Empire en Autriche qu'en Hongrie. Le club polonais au Parlement de Vienne fait souvent varier les majorités, au gré de ses intérêts. Edvard Beneš et Hugh Seton-Watson (journaliste anglais ardent défenseur avec Lord Northcliffe de l'indépendance tchèque), reconnaissent que les Tchèques ont une certaine liberté politique sous l'Empire. En Hongrie, en revanche, les Slaves et les Roumains n'ont aucun droit politique réel, par défaut de représentation possible en application du système électoral. La vie politique est essentiellement réservée aux Magyars qui, avec 48% de la population de la « Grande-Hongrie » occupent 407 des 413 sièges au Parlement de Budapest. En termes de classes sociales, la société austro-hongroise est parmi les plus inégalitaires d'Europe, avec une aristocratie toute-puissante et imbue de ses privilèges : la légitimité du régime repose sur une assise sociale extrêmement étroite faisant la part belle à la haute noblesse, et au clergé qui en est issu. En 1914, par exemple, moins de 1% de la population possède 40% du territoire. Une des revendications des nationalités est la réforme agraire, qui sera partiellement réalisée après le partage de l'Empire. De ce point de vue, les paysans qui subissaient jusqu'alors l'oppression de la noblesse dont l'empereur était le premier représentant, ont pu voir avec espoir la double monarchie s'effondrer. Mais l'avènement des nouveaux États en lui même ne résoudra pas le problème de la concentration de la propriété foncière. CulturePour l'écrivain de langue allemande Robert Musil (dans son roman L'Homme sans qualités), qui a dû être officier dans l'armée « cacanienne », l'Autriche-Hongrie était la Cacanie, du préfixe apposé partout K. und K. : Kaiserlich und Königlich (« impérial et royal »). La terminologie exacte semble avoir été la suivante :
Le puissant rayonnement culturel de la monarchie habsbourgeoise à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, a été stimulé notamment par sa richesse multinationale et le dynamisme de sa minorité juive : Hermann Broch, Sigmund Freud, Karl Kraus, Gustav Mahler, Karl Popper, Joseph Roth, Arthur Schnitzler, Arnold Schönberg, Otto Weininger et Stefan Zweig en étaient issus. Vienne fut peut-être la capitale de la modernité. Son influence s'étendit tout au long du XXe siècle dans le domaine des arts (peinture, architecture, musique, littérature) et le domaine médical, avec l'école psychanalytique, qui révolutionna la perception du monde. Malgré un conservatisme certain, la Cour de Vienne et notamment l'empereur François-Joseph, ont toujours soutenu les artistes contemporains et le groupe de la Sécession, par la commande officielle. Ainsi, entre autres, Otto Wagner participa à la construction du métro de Vienne, en réalisant diverses de ses stations, réalisa l'immeuble de la Caisse d'Épargne et de la Poste, et Gustav Klimt se vit confier la fresque du hall d'entrée du Kunsthistorisches Museum à Vienne, ainsi que celles de la Villa Hermès offerte par François-Joseph à son épouse Élisabeth, dite Sissi, comme résidence privée à Vienne. Les idées révolutionnaires des artistes viennois au début du XXe siècle ne s'appliquaient en aucun cas à la contestation de l'ordre politique et social organisé par la dynastie des Habsbourg-Lorraine, dont la supranationalité convenait à leur contestation de l'historicisme issu des mouvements nationalistes de la révolution de 1848. Aucun d'entre eux ne se réclamait des nationalités dont ils étaient issus. La double monarchie, incarnée par la dynastie, par son absence de référant national, était leur lieu d'expression, assignant à l'art une autre mission que politique. Il est convenu aujourd'hui de voir cette période comme la décadence d'une société. Ce n'est pas en termes de décadence que les artistes viennois parlaient d'eux-mêmes mais plutôt en termes de renouveau, en s'opposant aux goûts et aux diktats d'artistes quasi officiels comme le peintre Hans Makart, le « Rubens viennois » ou l'écrivain Franz Grillparzer, chantre de l'époque Biedermeier. Si l'édification de l'Opéra de Vienne et du Ring avaient consacré le goût du pastiche architectural dans les années 1870, l'édification et la décoration du Métro, de la Caisse d'Épargne et de la Poste et de bien d'autres édifices publics ou privés surent donner ses bases à l'architecture contemporaine, voire futuriste. En d'autres termes, cette « querelle des anciens et des modernes », de l'art officiel contre l'art nouveau a été extrêmement perceptible dans la Vienne du début du XXe siècle. Vers l'épreuve de force : l'écueil de la fuite en avantLes alliancesL’Empire allemand et l'Autriche-Hongrie, les Empires centraux, constituent une alliance sous le nom de Duplice (Zweibund) qui devient la Triplice (Dreibund) ou Triple-Alliance quand l'Italie vient rejoindre l'alliance. Toutefois, l'Italie ne souscrit à cette alliance que dans une optique défensive : celle-ci ne doit fonctionner que dans la mesure où l'un des signataires est agressé. François-Joseph tente de compenser les tensions internes et externes créées par le compromis de 1867, en inaugurant le Drang nach Osten (expansion vers le sud-est, vers les Balkans). Cette politique suit en fait une logique de consolidation des positions acquises face à l'expansionisme russe et la décomposition de l’Empire ottoman. Suite à la guerre russo-turque de 1877-1878, le traité de Berlin, en 1878, confie à l'Autriche-Hongrie l'administration de la Bosnie-Herzégovine ottomane, devenue autonome par le traité de San Stefano. Cette province a une population composite et elle est géographiquement encastrée dans les territoires austro-hongrois. L'Empire annexe ce territoire en 1908, dernière annexion des Habsbourg-Lorraine, malgré l'opposition de la Russie et de la France. La politique slave de François-Joseph s'oppose aux visées de l’Empire russe sur les Balkans dans le cadre du démembrement envisagé de l’Empire ottoman. Les ambitions antagonistes des deux puissances impériales sont l'une des causes de la Première Guerre mondiale. La politique étrangère de l'Autriche-Hongrie finit par apparaître agressive. C'est elle qui déclare la guerre à la Serbie le 28 juillet 1914. Elle saisit le prétexte de l'assassinat du prince héritier par un jeune Serbe pour éliminer un État qui vise à la déstabiliser pour rassembler tous les peuples slaves du sud. L’Italie, d'abord neutre, choisit finalement d'entrer en guerre aux côtés des Alliés occidentaux en 1915, en signant un traité dont les clauses secrètes prévoient l'attribution du Tyrol du Sud, du Trentin, de Trieste et de la Dalmatie en cas de défaite de l’Autriche-Hongrie. La Grande Guerre de 1914-1918Il y a une armée commune à l'Autriche et à la Hongrie avec des régiments d'infanterie numérotés à la suite communément. Ensuite, il y a un système de réserve propre à l'Autriche (landwehr) et un autre à la Hongrie (honvédség), ainsi qu'une organisation de défense territoriale (landsturm) en Autriche et en Hongrie. La Bosnie-Herzégovine fait l'objet d'une autre organisation avec quatre régiments d'infanterie (Bosnisch-Hercegowinische Infanterie-Regimenter Nr. 1-4), un bataillon de chasseurs à pied (Bosnisch-Hercegowinisches Feldjäger-Bataillon) et des bataillons autrichiens détachés. L'armée austro-hongroise est le reflet de la disparité de l'État austro-hongrois. Les Serbes et les Croates sont envoyés en garnison à Vienne ou à Budapest, les germanophones en Bosnie, les Roumains en Autriche, etc., pour tenter d'unifier cet empire multiculturel. La cohésion au combat n'est pas évidente. Un lieutenant de réserve roumain, Octavian Tăslăuanu décrit le début de la guerre dans un régiment honvéd : les officiers supérieurs sont hongrois et ont besoin de traducteurs roumains pour se faire comprendre. Encadrée par un commandement unique largement germanisé, l'armée austro-hongroise conserve cependant sa cohésion, malgré le rôle ingrat que lui a dévolu l'Allemagne en 1914: lancer seule l'offensive contre l'armée russe, tout en éliminant une armée serbe aguerrie. La dissolution de l'EmpireMonté sur le trône le 22 novembre 1916, Charles Ier d'Autriche sonde les voies de la paix auprès de la France. La négociation entamée au printemps 1917 avec le gouvernement français par l'intermédiaire des princes de Bourbon-Parme, François-Xavier et Sixte, frères de l'impératrice Zita, n'aboutit pas et est même rendue publique par le gouvernement Français, ce qui met le jeune empereur dans une position difficile face à son allié allemand et l'oblige à resserrer l'alliance des deux empires en perdition. L'idée de nation comme source de la souveraineté, issue de la Révolution française, avait déjà été exprimée lors des révolutions de 1848, dites du Printemps des Peuples. C'est sur ce principe que les leaders et les assemblées des différentes composantes de l'Empire s'appuient en 1918 lorsque le président américain Woodrow Wilson propose à l'Europe le principe de l'autodétermination. Le principe de la souveraineté nationale triomphe de l'idée d'un empire supranational dont la souveraineté s'incarnait en une dynastie, les Habsbourg-Lorraine, présentés comme des tyrans. Il ne le fait ni par révolution sanglante comme en France, ni par une consultation populaire comme lors du rattachement de Nice et de la Savoie à la France en 1860. L'effondrement de l'empire austro-hongrois après la fin de la guerre, en 1918-1919, aboutit à la création de nouveaux États au centre de l'Europe, et à un partage du territoire de l'ancien empire d'Autriche-Hongrie entre sept pays :
Ces nouveaux et anciens pays sont appelés les « États successeurs » de l'Autriche-Hongrie. On appelle « révisionnisme » l'attitude de la Hongrie indépendante qui réclame le retour à ses anciennes frontières, ainsi que des Hongrois incorporés dans les États successeurs. Sous le gouvernement de Horthy et par arbitrages du Führer nazi Adolf Hitler en 1939 et 1940, La Hongrie récupère la moitié des territoires perdus par le traité de Trianon. Mais le traité de Paris rétablit en 1947 les frontières de 1920. Le traité de Trianon est encore aujourd'hui mal vécu par une partie de la nation hongroise. La Hongrie a encore envisagé dans les années 1990 de rattacher de façon extra-territoriale les populations de langue hongroise vivant dans les états voisins et a dû y renoncer du fait de l'opposition de la Communauté européenne. Les populations hongroises de Roumanie et surtout de Slovaquie se sont dotées de leur propres organisations politiques qui interfèrent dans l'équilibre politique de ces pays. La nostalgie de l'époque habsbourgeoise apparaît, par exemple, dans la littérature de Joseph Roth et de Stefan Zweig, chantres de la période impériale et royale. AnnexesOrganisation militaire en 1914Les corps d'armée
* Il y avait 16 corps d'armée qui correspondent à des régions militaires (les villes changèrent de nom au grès des pays, nom des pays actuels) :
[réf. nécessaire]
Références
Voir aussiLiens internes
Bibliographie
Liens externes
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