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La bataille du cap Sicié, ou bataille de Toulon, du 22 février 1744 est une victoire navale franco-espagnole sur la marine britannique. Elle présente la particularité d'avoir été livrée avant la déclaration de guerre officielle entre la France et la Grande-Bretagne. Une flotte espagnole y défait la flotte britannique de Méditerranée. La flotte française n'arriva que quand les navires britanniques se retirèrent.
La situationRappel sur la situation politiqueL'Espagne et la Grande-Bretagne sont en guerre depuis 1739. La France est en paix mais se prépare à entrer en guerre contre la Grande-Bretagne. Les ordres donnés à l'amiral britannique lui enjoignent d'empêcher les Espagnols d'attaquer les territoire des États alliés en Italie, mais aussi d'attaquer les Français, s'ils prenaient la mer avec les Espagnols. L'amiral français, pour sa part, a ordre de prendre la mer avec les Espagnols sous ses ordres. Il doit forcer le blocus britannique. Mais, pour sauver les apparences, il doit éviter de tirer le premier. La disposition des forcesLa flotte française, à Toulon, comprenait 16 vaisseaux de ligne. Elle était sous les ordres du lieutenant général Court La Bruyère. La flotte espagnole groupait 12 vaisseaux à la suite du Real-Felipe, de 110 canons. Cette escadre, qui cherchait à amener des troupes à Gênes avait dû s'abriter à Toulon pour échapper aux Britanniques. Les Britanniques sont, eux, au mouillage dans la rade d’Hyères. Les forces en présenceForces franco-espagnolesL'escadre d'avant-garde, sous les ordres du chef d'escadre Pierre de Gabaret, a 8 vaisseaux ; celle du centre, a 6 vaisseaux français et deux espagnols ; l'arrière-garde, sous les ordres de Don Navarro, regroupait les 10 autres vaisseaux espagnols. Parmi ces vaisseaux espagnols, 6 sont des navires de guerre d'origine : il s'agit des Real Felipe, Santa Isabel, El Constante, América, Hércules et San Fernando. Les autres sont des navires de la Carrera de Indias, la compagnie des Indes espagnole. La principale différence entre les deux types se situe dans le calibre de l'artillerie embarquée : 24 ou 36 livres pour les navires de ligne, 12 ou 18 pour les navires de compagnie. Ainsi, la valeur au combat de deux navires d'une même force apparente, 60 canons par exemple, est très différente.
En dehors de la ligne, on trouvait 3 frégates, servant pour répéter les signaux faits par l'amiral. La Saphir, de 32 canons, est rattachée à l'avant-garde; L'Atalante, de 32 aussi est rattachée au corps de bataille, comme l'est une autre frégate de 24 canons. Avec l'escadre espagnole, une frégate de 30 canons. La flotte franco-espagnole comptait encore 2 brûlots et un navire-hôpital. Forces britanniquesLes Britanniques alignaient 29 navires. Le contre amiral Rowley, sur le Barfleur, commandait l'avant-garde, 9 vaisseaux. Le vice-amiral Lestock, l'arrière-garde, 10 vaisseaux, et le vice-amiral Matthews le centre, 10 vaisseaux.
En dehors de la ligne de bataille, les Britanniques disposent aussi de trois frégates, la Diamond (40 canons), la Durstey (22 canons) et la Winchelsea (22 canons), deux brûlots, l’Ann Galloway (8 canons) rattaché à l'escadre rouge, et le Mercury rattaché à l'arrière-garde de Lestock et 3 brigantins. Il y a aussi un navire-hôpital, Sutherland (18 canons), deux transports et deux ravitailleurs. Ils sont en dehors de la ligne et ne prennent pas part au combat. Les amiraux
Le combat8-10 février : manœuvresLes Franco-Espagnols appareillent le 8 février, profitant d'un vent de nord. Mais il est faible et tourne au nord-ouest. Le lendemain, les Espagnols (arrière-garde) n'ont pas encore atteint la pleine mer. Avertis par leurs frégates, les Britanniques appareillent, mais le vent qui tourne au sud-ouest gêne la manœuvre. Le 10 février, la flotte combinée a formé sa ligne de bataille, cap au sud. Les Britanniques apparaissent, au vent, sur l'arrière. Le vent tombe et finit par tourner à l'est. Les Britanniques prennent leur ordre de bataille. De manière très classique, on se range par ordre d'ancienneté des amiraux. En étant tribord amûres[3], le commandant en chef se place au centre, le plus ancien à l'avant-garde et le plus "jeune", à l'arrière-garde. Or, en sortant de la rade d'Hyères, c'est Lestock et son escadre qui sont en tête. Mais babord amures... En conséquence, les divisions de l'escadre britanniques se mettent à permuter leurs positions !...[4] Vers 15 heures, Matthews hisse le signal ordonnant de former la ligne de bataille. A ce moment là, le corps de bataille britannique est à 4 miles nautiques environ à l'est des Franco-Espagnols. Rowley, devant, à 5 milles et Lestock, en arrière est à environ 3 milles au nord-est des autres Britanniques. À 18h30, la nuit commence à tomber (heure solaire à l’époque). Les Britanniques ne sont pas encore en ligne. Matthews envoie son signal de nuit. Les 4 lanternes aux haubans de misaine appuyés de 8 coups de canons, ordonnent de rester babord amure, cap au sud. Il pense que ses subordonnés finiront de prendre leur place dans la ligne de bataille avant d'obéir au signal de nuit. Il n'en est rien. Pendant la nuit, la flotte franco-espagnole dérive vers l'ouest. Comme les Britanniques, sauf Lestock qui, plus près de la côte, est emmené vers l'est par le courant. Au matin, Lestock est à 7 ou 8 milles à l'est du reste de l'escadre. 11 février : combatAu lever du jour, Matthews renouvelle son signal de "former la ligne". À 7h30, il arbore un pavillon blanc à son mât de pavillon pour signaler à Lestock de forcer de voiles. C'est le signal n° 12 des Instructions de combat. S'il avait voulu faire signe à Rowley, escadre bleue, il aurait arboré un pavillon bleu au même endroit. Lestock ne réagit pas. Matthews envoie alors un lieutenant dans un canot pour donner son ordre de vive voix. Sans résultat, même après un deuxième envoi de canot. Peu après, Matthews renvoie le signal "former la ligne de bataille". Pour cet ordre, c'est un pavillon union-jack envoyé à la corne d'artimon et appuyé d'un coup de canon. Ce signal va rester en place jusqu'à la fin du combat et jouera un rôle dans la piètre prestation des marins britanniques. Les 2 lignes de vaisseaux courent sur des routes parallèles, plein sud, espacés d'environ 3 milles nautiques. L'amiral britannique constate que les Français suivent ses changements de voilure pour rester à son niveau et l'empêcher de viser les Espagnols. Vers midi, rien n'a changé et Matthews craint que les Français ne cherchent simplement à l'éloigner, l'attirer au large pour permettre aux Espagnols de passer leurs troupes en Italie sans risque. Vers midi, l'amiral britannique décide de passer à l'attaque[5]. Il vire à tribord, droit sur la ligne française, entraînant son escadre en ligne de front vers les Franco-Espagnols. Mais le signal de former la ligne flotte toujours à son mat d'artimon... En conséquence le contre-amiral Rowley, qui commande l'avant-garde, ne comprend pas trop la manœuvre. Il vire à tribord, imitant son chef, mais les 4 navires de tête continuent sur le même cap. Probablement pour éviter que les Français virent et puissent prendre entre 2 feux l'escadre britannique qui se dirige vers les Espagnols. Les Britanniques ont l'avantage du vent : vent de Nord est, la flotte franco-espagnole navigue cap au sud. Les Britanniques l'attaquent sur son flanc gauche. C'est conforme à la tactique britannique habituelle : en se plaçant du côté du vent, on est maître du moment et du lieu de l'attaque. Pour les Français, la tactique habituelle est d'être sous le vent. Cela permet de se dégager plus facilement ; les pièces d'artillerie du côté du vent ont moins de risque de se retrouver trop bas et la fumée des coups de canon ne vient pas boucher la vue de l'ennemi. Les Britanniques visent l'escadre espagnole, profitant de l'espace existant entre celle-ci et le centre français. Le Namur de Rowley affronte le Real Felipe. C'est encore un respect des traditions qui voient les chefs s'affronter directement. Ddans le combat, les navires britanniques continuent de respecter les signaux faits par Matthews. Ils restent en gros sur une même ligne, sans chercher à manœuvrer pour accabler successivement les navires espagnols. Matthews oppose donc deux de ses escadres, blanche et rouge, à la seule escadre bleue, espagnole. Lestock, qui commande l'escadre bleue britannique, et qui déteste son chef[6] suit l'ordre reçu "former la ligne de bataille", ignorant l'ordre suivant "engager le combat". Il canonne, de loin, les derniers navires espagnols. La canonnade cause des dégâts de part et d'autre. Le Hércules supporte l'attaque de 3 vaisseaux britanniques et doit sortir de la ligne. Le Poder, navire de compagnie, soutient l'attaque du Somersert, 80 canons. Puis il doit se mesurer aux Bedford, Dragon et Kingston. Il finit par amener son pavillon devant le Berwick de Hawke[7] . Du côté britannique, c'est le Marlborough qui souffre le plus, avec plus de 150 hommes tués ou blessés, quasiment démâté. Les Britanniques utilisent un brûlot, Ann Galloway. Il traverse la ligne britannique, grand largue, et vise le navire amiral espagnol, le trois-ponts Real Felipe qui échange bordée sur bordée avec le Namur. Le navire de Don José Navarro est dégagé par le Brillante, son matelot d'arrière[8] qui canonne le brûlot et le fait exploser sans qu'il ne cause de dommages. Le lieutenant Mackey, commandant, l'artificier et 4 marins sur les 45 hommes d'équipage sont tués dans l'explosion. Quand l'amiral français, non engagé, signale à son avant-garde de virer pour prendre les Britanniques entre 2 feux, il est 15h00. Ce qui prend du temps car Gabaret, dans un premier temps, ne voit pas le signal. Les 3 premiers vaisseaux français commencent à virer puis, voyant que leur chef ne manœuvre pas, reprennent le cap initial. Court réitère son ordre. Quand Gabaret l'exécute, il vire "en succession" alors que l'ordre était de virer simultanément. Rowley signale alors à ses navires de virer à leur tour. Les Français passent à portée de mousquet de l'arrière des 3 navires de tête britanniques mais ne tirent pas. Au passage, les Franco-Espagnols reprennent possession du Poder, avant même que Hawke ait pu retirer son équipage de prise, mais le navire est tellement avarié qu'il sera coulé le lendemain. Matthews fait virer ses navires à son tour et l'action prend fin. Les tactiquescombat en ligne de file (problèmes rencontrés) Usage de brûlots. La transmission des ordres (problèmes rencontrés). Les conséquencesPersonne ne cherche à reprendre le combat. Les Français et les Espagnols gagnent Carthagène et les Britanniques Minorque. Les conséquences militaires furent limitées. Toulon fut débloqué, permettant aux Espagnols de quitter la France. Mais les conséquences disciplinaires furent plus importantes. Matthews passe en cour martiale, il est mis à la retraite. Lestock, lui, est acquitté, ayant pu s'abriter derrière une obéissance aveugle aux ordres reçus. Les Espagnols se plaignent du peu de soutien reçu de leurs alliés. Cela coûte à Court La Bruyère son commandement. En revanche, pour son action, Don Navarro reçoit le titre de marquis de la Victoire ("marqués de la Victoria"). L’importance de cette bataille navale est à chercher sur un autre plan. Elle va faire prendre conscience de la sclérose de la pensée navale qui gouverne les grandes marines européennes. Le respect de grandes évolutions géométriques d'escadres, voulues par les théoriciens, aboutit à faire passer la recherche de la victoire derrière le respect absolu des ordres. La transmission des ordres étant handicapée par la faiblesse des moyens laissés à la disposition des amiraux. La bataille du cap Sicié a pour conséquence la recherche et l'amélioration de nouveaux modes de commandement que les Britanniques sauront les premiers mettre en application. Notes et références
Bibliographie
Sources
J S Corbett, Fighting Instructions 1530-1816, Naval Review, 1905. Cet ouvrage est mis en ligne par le projet Gutenberg [3]. |
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